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Aujourd’hui Pékin, c’est le Bulletin du Pékin Contemporain. Une revue bimensuelle composée de focus et de coups de coeur sélectionnés par nos correspondants.

 

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FOCUS    

Nouvelle année pour les enfants du Ningxia

N° 26

voyage, tourisme
Pour ce dernier bulletin de « Aujourd’hui Pékin » nos deux correspondants vous emmènent loin des grandes avenues de la capitale chinoise, dans les pas des volontaires de l’association « Les Enfants du Ningxia », dans la poussière brune des plateaux de loess du nord-ouest. Une autre façon de fêter le nouvel an chinois et l’année du Buffle.

Comme chaque année au moment du nouvel An chinois, les rues de Pékin se transforment en véritable champ de bataille où explosent guirlandes de pétards et feux d’artifice. C’est le nouvel An lunaire, les vacances scolaires, le moment où des centaines de milliers de voyageurs se pressent dans les gares pour célébrer la nouvelle année en famille, dans leur pays natal. C’est aussi le moment choisi par les volontaires de l’association « Les Enfants du Ningxia » pour rendre visite à leurs jeunes boursiers dans une des provinces les plus démunies de la Chine du nord-ouest. Au sud de la province, dans les villages autour du chef-lieu de Tongxin, point de raviolis au porc et aux oignons, ni d’oriflammes aux sentences rouges accrochées de part et d’autre des portes des maisons... nous sommes en terre musulmane (80% de la population), donc pas de festivités et encore moins d’argent à gaspiller pour des pétards.

Retour sur une belle histoire
Les trois volontaires venus de Pékin, Laurent Peyrot (coordinateur en Chine pour l’association), Jade Le Van (assistante stagiaire) et François Sebastiao (photographe), sont pourtant reçus en grande pompe par les villageois. Chacune des familles visitées accueille la petite équipe à son arrivée dans les cours des maisons. On tâche d’agrémenter au mieux le traditionnel plat de nouilles, souvent avec quelques légumes et, quand les finances le permettent, un morceau de viande de mouton. Tout le monde sait qui sont ces « laowai » (étrangers) dont la venue est attendue des semaines à l’avance : ce sont les émissaires de «l’oncle Han», nom amical donné par les locaux à Pierre Haski, qui est à l’origine de l’action menée en faveur de la scolarisation des enfants de la région. C’est en 2002, alors qu’il est correspondant de Libération en Chine que Pierre découvre l’émouvante histoire de Ma Yan. Au cours d’une enquête sur la désertification de la province, une femme le presse d’accepter 3 petits cahiers d’enfant. C’est ainsi qu’il se retrouve en possession du journal de Ma Yan qu’il publiera très vite. Ma Yan, petite fille de 13 ans, privée d’éducation faute de moyens supplie sa mère de la laisser continuer ses études. Le livre touche immédiatement le lectorat tant français qu’international et rapidement les droits d’auteur perçus permettent la création de l’association « Les Enfants du Ningxia » et la mise en place d’une action sur le terrain pour scolariser les enfants les plus démunis.

La réalité du terrain
« La meilleure façon de lutter efficacement contre l’extrême pauvreté, reste l’éducation, commente Laurent Peyrot, et les chiffres (notamment ceux de CARE, 2ème ONG au monde) parlent d’eux-mêmes : un an d’éducation en plus, quel que soit le niveau, va permettre d’augmenter le niveau de vie du boursier de 10% sur toute sa vie. » C’est ainsi que l’association s’est spécialisée sur des programmes d’éducation, même si, au regard de l’environnement hostile du Ningxia (il n’a pas plu depuis la dernière coupe du monde de football), on aurait tendance plutôt à creuser des puits pour irriguer les cultures de blé et de pommes de terre ! » En effet, lorsqu’on regarde la carte de Chine, le Ningxia fait l’effet d’une minuscule bande de terre cernée au nord par la Mongolie intérieure et à l’est comme à l’ouest par le Gansu. Dans cette région autonome, le sud (où est présente l’association) est considéré comme impropre à l’habitation humaine. Selon l’ONU, la désertification affecte 90% de la population et le revenu moyen des foyers varie entre 30 à 150 euros par an.

Les filles, toujours discriminées
A mille lieux du boom économique chinois, l’avenir de la population féminine est plutôt sombre et nous renvoie à l’époque féodale. Traditionnellement les filles valent en effet moins que les garçons puisqu’elles quittent la famille quand elles se marient et par conséquent ne risquent pas de reprendre l’exploitation familiale. De plus la dot s’impose comme la solution quand la situation financière devient vraiment critique. « En 2007, ma prédécesseur, Perrine Lhuillier, a mis en place un système de suivi des enfants parrainés par l’association et de nouveaux critères d’admission pour les candidats aux bourses grâce à une approche participative des habitants de 15 villages du canton. L’évaluation des candidats prend en compte les contextes scolaire, familial et économique. A situation économique égale, on favorisera les filles même si l’on sait que certaines ne parviendront pas à aller au bout de toute une scolarité car elles sont promises au mariage depuis leur enfance.»

L’asso va de l’avant
« Cette année nous comptons 143 boursiers, dont 77 filles, poursuit Laurent Peyrot. Notre objectif est d’accompagner les enfants sur le long terme, c’est à dire de suivre les boursiers du primaire à l’université, soit un engagement sur 10 ans idéalement. Depuis 2002, l’association a parcouru du chemin. 33 de nos boursiers, dont 17 filles, sont à l’université et Ma Yan a été admissible à la Sorbonne cette année ; un réseau d’anciens se met progressivement en place pour accompagner les plus jeunes dans leur orientation scolaire. Il reste beaucoup à faire bien sûr et l’année 2009 s’annonce dense.»
NB Nous déclinons toute responsabilité si l’une de ces adresses disparaissait au bout de quinze jours…